4 filles dans le Grand Nord : Freeride dans les couloirs de Baffin [snow/ski]

3 skieuses, 1 snowboardeuse : Chloé, Mélanie, Marion et Fanny sont parties rider les couloirs de l’île de Baffin, dans le Grand Nord, en autonomie complète pendant 3 semaines. Elles nous racontent leurs aventures, le lyoph’, les gelures, la pente raide, les pulkas, la vie à 4 copines dans 5m² par -35°… 


Entre expé arctique et trip freeride, voici ‘Panik à Baffin’ !

> Salut les filles, faites nous un petit rappel de qui vous êtes, pour celles qui n’auraient pas suivi !

Nous sommes quatre copines, originaires des deux Savoie, réunies par la passion de la montagne et de la glisse. Les skieuses, Chloé Laget et Mélanie Martinot sont monitrices de ski l’hiver et gardiennes de refuge l’été, Marion Poitevin, aspirant  guide de haute montagne, est la première femme à entrer au GMHM (groupement militaire de haute montagne) et Fanny Gras, la snowboardeuse, est ferronnière- soudeuse- dessinatrice, selon la saison ! Nous nous sommes rencontrées via des amis communs et aussi grâce aux FWQ (Freeride World Qualifier). Chloé rêvait du Grand Nord et des couloirs de Baffin depuis longtemps.  Quant à nous, nous avons vite adhéré à son idée !

On a donc commencé par se retrouver toutes les 4 pour un mini-trip, histoire de voir si la sauce prenait entre nous.

Ca a été super positif et nous sommes rentrées pour s’atteler à la tâche des dossiers, entre les saisons et les voyages de chacune. Nous nous sommes retrouvées plusieurs fois dans l’hiver, notamment une semaine dans le Queyras pour s’entraîner avec pulkas (traîneaux), GPS, kite, et températures hivernales (-25°c/ -30°c), dans une petite cabane au col Agnel.

L’hiver a avancé à grands pas entre les préparatifs et les organisations de soirées pour faire des sous. Le printemps précoce nous a même laissées mettre des robes à fleurs avant de partir pour le grand trip. Les housses pleines à craquer, nous avons enfin embarqué pour l’Ile de Baffin.

> Racontez nous en grandes lignes votre parcours là bas…

Après quelques jours de camping et de préparation à Clyde River, on a embarqué pour 120 km (7 h) de snowscoot, destination Sam Fjord et ses falaises minées de couloirs.

Nous avons établi trois camps différents, dont un face au couloir mythique Polar Star où nous avons passé une semaine à rider les couloirs alentours. Après deux semaines de réjouissances, nous avons entamé une itinérance d’une semaine afin de revenir à Clyde River en rando, savourant les paysages et le calme des fjords.

> Comment aviez vous choisi votre itinéraire et les couloirs ? 

 L’itinéraire a été préparé en France, avec les conseils de guides déjà partis dans cette zone. On s’est basées sur leur progression pour établir un programme approximatif, mais on savait qu’il nous faudrait dans tous les cas aviser sur place en fonction des conditions.

Nous avons donc skié un couloir dont nous n’avons pas le nom, nommé ‘secret couloir’ car un peu caché. Le premier, qui nous a vraiment enchantées, était long de 800 m, avec la même hauteur en falaise au dessus de nos têtes. C’est là que nous avons eu nos premières gelures. Argh !

Puis, il y a eu Polar Star, le mythique : plus de 1200 m de couloir dans l’axe, avec une pente entre 40° et 50°. Le plus impressionnant. En plus, on a eu du vent ce jour là et de la grisaille à l’aller, il y avait une ambiance de fou. Très hostile, parce qu’il faisait vraiment froid.

Nous avons aussi fait un couloir expo Sud, sans nom et… sans neige. Le but, quoi ! On a quand même ridé toute la marche d’approche, 500m de dénivelé entre les rochers, dans une neige dure pas très agréable, surtout en snow ! Mais il y avait une très belle vue.

Notre meilleur souvenir, c’est probablement le couloir en Y, avec une arrivée au soleil et un Inuksuk (cairn local). Superbe. On était toutes en bonne forme, enjouées et on a bien ridé !

L’ultima. Le dernier. Il était bien encaissé et ne sortait pas au sommet. En haut, on était un peu sur la glace dans une partie raide, mais il y avait une belle vue sur les falaises, et ce fut un beau run.

Dans l’ensemble, nous n’avons pas eu de poudreuse mais en majorité de la neige dure dans les couloirs.

> Votre bilan, une fois rentrées ?

Le bilan est positif. On est unanimement heureuses de ce voyage et de la façon dont ça s’est passé. On a réussi ce qu’on voulait : trois semaines en autonomie, rider de superbes couloirs et revenir en itinérance. L’ambiance entre nous a été très bonne, c’était vraiment la déconnade entre copines et pas la compet’ de ‘qui serait la plus rapide ou la plus forte’. Nous sommes fières aussi parce que ce n’était pas facile. Le froid a été vraiment intense, on a passé la première semaine constamment entre -30°c et -35°c et nous avons eu quelques gelures après le premier couloir. On a surtout sût s’entraider et être attentives pour que les difficultés n’entament pas l’harmonie du groupe. La belle surprise, c’est aussi les rencontres : 2 québécois très sympas qui nous ont appris plein de choses et une famille Inuit avec qui nous avons fait du chien de traîneau…

Il faut quand même avouer quelques imprévus…Les pièces de réchaud oubliées, le vent qui nous empêche d’aller jusqu’à Gibbs Fjord, et puis réaliser qu’on n’en fera pas autant qu’à la maison, parce que le froid oblige à se ménager ! Car même si on s’attendait à avoir froid, c’était vraiment dur… Il faut que le corps s’adapte, et surtout être très attentive à ses extrémités !

> Quelques anecdotes à nous raconter ?

Eh bien… Tu veux la solution pour éviter la mission pipi qui te fait sortir du duvet par -30° ? Facile, comme tu manges du lyophilisé Trek’n’Eat, tu gardes le sachet, et la nuit tu fais pipi dedans, à genoux dans ton duvet. Tu zippes, tu le mets dehors, et hop !

Sinon, on peut parler du fromage et de la charcuterie gelée découpée à l’opinel pour faire fondre dans la soupe, c’était marrant.

Et puis, parfois, on n’en pouvait plus de vivre avec notre maison dans la doudoune : moufles, caméra, batteries, ipod, tee-shirt à sécher…

Chaque fois qu’une fille changeait de tee-shirt, de brassière, c’était l’événement ! Et quelles crises de rire en se démêlant les cheveux au bout de 30 jours sans douche !

Il y en a beaucoup d’autres que j’oublie… alors regardez le film !

> Qu’avez vous retiré de cette expérience ?

Qu’il ne faut pas hésiter à se lancer dans l’aventure, quelle qu’elle soit, parce que tout est possible ! L’Homme (la femme encore plus ;-)) est capable de s’adapter aux conditions les plus difficiles (si on est bien équipé et préparé, mais surtout motivé, bien sûr) ! Cela m’a poussée à réfléchir sur les filles, et je crois que d’une façon générale on se pose trop de questions, et on a tendance à douter de nous. C’est ma première expérience uniquement entre filles, et verdict: On assure grave ! Foncez toutes, vous êtes les meilleures !

> Quels sont vos nouveaux projets désormais ?

Repartir ! On aimerait faire une expé en altitude, un sommet sympa qu’on puisse descendre à ski et en snow. Et puis, dans l’immédiat on se concentre sur la réalisation d’un film sur notre expé, mêlant images de ski et dessin d’animation. Il est prévu pour cet automne.  Et puis, on ne serait pas contre un petit trip à Hawaï aussi, histoire de changer d’ambiance ;-) !

Dessins de Fanny, photos des filles.