Interview : Anne Flore Marxer [snow]

Après un hiver plutôt chargé, toujours entre 2 contests et 2 avions, Anne Flore Marxer revient pour nous sur sa saison, son titre de Championne du Monde de Freeride, mais aussi ses projets, son pro model de board chez Nidecker, ou encore son parfum chez les Ettes…

Anne Flore est arrivée sur le Freeride World Tour (FWT) un peu par hasard cette saison, avec une wild card pour la première étape de Chamonix. Surprise, elle remporte la compétition ! Et de fil en aiguille, elle se prend au jeu et finit par suivre le FWT tout l’hiver, jusqu’à Verbier, où elle remporte l’X-Trem et le classement général du tour par la même occasion… Plutôt habituée des shootings et du backcountry, pas franchement adepte des compétitions, Anne Flore nous raconte les coulisses de son hiver sur le Tour…

Salut Anne Flore, l’hiver est enfin terminé pour toi, que fais tu en ce moment ?

Je rentre tout juste de Norvège. A la base, j’avais prévu un trip en Alaska pour la fin de saison, mais comme les conditions étaient vraiment pas top en AK, j’ai préféré changer de destination et je suis allée dans le nord de la Norvège à 300km du cercle polaire.

Raconte nous un peu ta saison ….

C’était assez particulier. En gros, après Chamonix, je me suis retrouvée à faire les compet de freeride un peu par hasard et beaucoup à l’arrache, et  je me suis pas mal blessée. Résultat des courses, j’ai pas beaucoup ridé cet hiver si ce n’est les runs des contests mais je me console avec un titre de championne du monde qui a fait très plaisir à ma grand mère, qui a affiché un post it dans sa  cuisine : « ma petite fille Anne-Flore est championne du monde de saut à ski » !

Reviens en détails sur ce dernier week end à Verbier, où tu as remporté l’Xtrem et le Tour…

Après avoir si souvent entendu parler de cet évènement, je suis heureuse d’avoir pu y participer ! Mais il y avait tellement peu de neige sur le Bec des Rosses cette année que l’on craignait que ce soit finalement annulé. Heureusement, il a neigé 3 jours avant, rendant la face plus sympathique, mais aussi plus dangereuse, la face des femmes en particulier. J’avais choisi une ligne fall line, plutôt rapide et avec 3 cliffs. Il a reneigé à nouveau la nuit précédant la compet, ce qui a obligé l’organisation à sécuriser la face le matin de la compétition. Pas de chance pour moi, mes 2 landings sont partis avec  la dynamite. J’ai pas mal hésité pour savoir si je changeais de ligne à la dernière seconde..

 Mais je suis finalement restée sur ma première décision, en y allant plus tranquillement, sachant que les landings ne seraient pas tendres. J’ai d’ailleurs bien fait, car j’ai réalisé pendant mon run qu’il y avait énormement de « sharks », c’est à dire de bouts de roches qui dépassaient de la neige, que nous n’avions pas pu voir à la jumelle et en particulier sur le  haut des cliffs.

Sur ma 2ème cliff, je me suis d’ailleurs mis une « presque boîte », car il manquait vraiment de neige en récep’!

Arrivée en bas, mon premier geste aura été de vomir tout mon petit déj’, comme sur chaque compet cet hiver, tant je ne sais vraiment pas gérer mon stress en contest ! J’ai ensuite retrouvé les autres filles pour regarder les copines descendre, et entre autre Maria (Kuzma) avec qui j’ai pas mal voyagé cet hiver.

Et là…. En réception de sa dernière cliff, elle déclenche une avalanche qui l’emporte jusqu’en bas. De là où nous nous trouvions, nous l’avons vue disparaître sous la neige et derrière une bosse. La panique totale entre sa sœur jumelle (Janina Kuzma), Aline (Bock), Jacky (Paaso) et moi ! Nous nous sommes mises à courir le plus vite possible dans sa direction d’autant que nous ne voyions personne lui venir en aide ! Ce n’est que de longues minutes plus tard que nous l’avons vu réapparaître saine et sauve, elle n’avait pas été ensevelie complètement et elle avait sorti sa propre pelle pour se déblayer ! Il faut souligner que personne de l’organisation ne s’est inquiété de sa santé après coup (!)

J’ai eu très peur ce jour là, et ce que je retiens de cette journée est que la montagne peut être dangereuse même quand on s’y attend le moins. Heureusement, Maria n’a rien eu ! C’était vraiment chaud, car après le contest, le guide qui nous donnait le départ a fait partir toute une partie de la face en descendant. 

 Après les 7 podiums, de l’X-Trem, du FWT, en bas du run, puis en haut, puis dans la station etc.. je me suis arrêtée quelques minutes devant la face du Bec des Rosses, qui avait radicalement changé d’allure, toute rapée après la dynamite, les traces, les deux avalanches etc..

 Quels sont les avantages et les inconvénients de passer un hiver en compétition, pour toi qui ne fais que filmer d’habitude ?

Ce que j’adore quand on filme, c’est que l’on se retrouve seuls dans les montagnes avec la liberté de se déplacer au grès des conditions de neige… On ride la plupart du temps en first track et toujours dans la peuf ! C’est magique. On passe de super moments en trip, avec de belles rencontres, et de belles expériences… Bien sûr, on se retrouve parfois à attendre longuement les conditions parfaites, on rate aussi quelques bonnes journées le temps de se préparer avec les photographes, les filmers pour ne rentrer finalement qu’avec 1 ou 2 shots dans la journée.. C’est très frustrant et il y a énormément de pression jusqu’à la fin de l’hiver. 

Les décisions des destinations sont quite ou double, car si on se plante, on perd beaucoup d’argent et surtout un temps précieux à ne pas être là où il aurait fallu pour ramener des shots. A savoir que dans une saison entière, on a vraiment de la chance si on arrive à réunir 10 jours où toutes les conditions (neige, lumière, terrain, photographe, filmer et qualité de ride) sont réunies.

En compétition, il n’y a pas de décision à prendre quant à la destination, l’organisation etc.. C’est plus détendu et plus facile à ce niveau là. Ce qui est sympathique aussi, c’est que l’on se retrouve à voyager avec les mêmes personnes tout l’hiver et on fini par se lier d’amitié !

L’inconvénient, c’est que l’on se retrouve à rider des faces toutes tracées et parfois dans de très mauvaises conditions de neige… Ce qui m’a le plus manqué cet hiver ? C’est de rider ! Sur les compet, on a très peu de temps pour y aller, on fait notre run, et on repart sur la suivante, car il y a 6 étapes en peu de temps. L’avantage des compétitions, c’est que ca coûte tout de même moins cher que d’aller filmer, en particulier s’il y a du price money, mais là, ce n’est vraiment pas le cas du FWT !

Tu as depuis l’an passé un pro model de jacket chez Billabong, et cette année une board chez Nidecker. Expliques nous comment tu interviens dans leur création…

J’ai tout de suite trouvé ça génial de développer une veste chez Billabong. Comme ça, j’ai pu choisir exactement ce dont j’ai besoin au niveau technique de la veste ainsi que les petits détails qui me simplifient les choses en montagne : poches, coutures, longueur, manches Raglant pour ne pas me gêner quand je porte un sac à dos avec pelle et sonde etc.. J’aime aussi beaucoup le côté fun de la chose avec l’aspect graphique, les couleurs et le print.. Je bosse pas mal avec une designeuse de chez Billa avec qui je m’entends très bien et qui comprend tout de suite ce que je veux ! Pour le premier modèle, celui de l’année dernière, j’avais commencé par une esquisse de peinture à l’eau sur un papier buvard que je lui ai amené..  Elle est partie de là, puis c’est devenu un print génial. J’aime beaucoup ce qui est fait main et qui est joyeux !

Ensuite, en ce qui concerne ma board, cela faisait un bout de temps que je n’avais plus de sponsors board et je n’avais aucune envie de promouvoir une marque qui se disait très enthousiaste de m’avoir dans le team mais qui refusait de m’aider financièrement dans mes dépenses de l’hiver, sous prétexte qu’ils avaient déjà une fille à l’international. C’est à ce moment là que Nidecker, par le biais de Jim Zbinden, m’ont proposé de me filer quelques boards dont je pouvais peindre les semelles à la main ! C’était il y a bientôt 3 ans.. A la fin de l’hiver dernier, je suis arrivée au bout des quelques boards qu’ils m’avaient passées et nous avons abordé l’éventualité d’un projet commun qui n’a malheureusement pas pu être concrétisé.. C’est donc un peu un « plan B » que cette board AFM, que j’ai ridé cet hiver et qui sera dans les shops début d’hiver prochain.

Et pour ton parfum les Ettes ? Raconte nous comment tu l’imaginais, comment vous avez travaillé dessus, et qu’est ce que tu penses du résultat…

Je suis ravie du résultat, et c’est le seul parfum que j’aime et que je porte. Le tout a débuté lors d’une rencontre avec Carmela, qui est la fondatrice de Les Ettes. Notre rencontre s’est transformée en amitié, puis, au gré du hasard, en un parfum Flore-Ette. Mon avis l’intéressait, et j’ai donc commencé à lui donner mon feedback et mes idées pour le développement de Les Ettes. Un jour, elle m’a appelée pour me proposer d’aller avec elle à Paris rencontrer les « nez » .  J’y suis allée avec quelques notes, et quelques senteurs qui me plaisent. Les nez ont ensuite fabriqué plusieurs mélanges, et j’ai eu le coup de foudre pour Flore-Ette. C’est le nom que ma mère utilisait quand j’étais petite et cela coïncidait avec les Ettes !

Que vas-tu faire cet été ?
J’espère pouvoir surfer au maximum. J’aimerais aussi me mettre à la grimpe.. Puis, j’irai certainement en Amérique du Sud ou en Nouvelle Zélande pour rider un peu sur la neige autour du mois d’août. Je vais aussi travailler sur le Swatch Girl Pro et faire les interviews des surfeuses à leur sortie de l’eau. Pour le reste, on verra bien le moment venu, je suis plutôt du genre à vivre au jour le jour..

Quels sont tes projets pour l’année prochaine ?
J’aimerais beaucoup trouver un crew solide pour filmer, mais tout ça dépend de pas mal de choses, je dois organiser ça cet été !

 
+ d’INFOS SUR Anne Flore…
*Sponsors: Billabong, Swatch, Oakley, les Ettes, BlueBird, Neff, Thirty Two, Dakine
*Site web : www.annefloremarxer.com
Publicités