ITW : Marion Poitevin, alpiniste, guide de Haute Montagne

pilier rouge brouillard
Marion Poitevin est non seulement alpiniste et guide de Haute Montagne, mais c’est surtout la première et seule femme instructeur à l’Ecole Militaire de Haute Montagne.
Elle est également à la tête d’un groupe d’alpinisme entièrement féminin, qu’elle va suivre durant deux ans. Marion a réussi à faire sa place, non sans efforts, au sein de ce milieu si masculin de la haute montagne. Nous avons rencontré cette petite nana passionnée d‘alpinisme, de ski et d’escalade, bourrée d’énergie et de détermination.

Salut Marion, en quoi consiste ton métier ?

Je suis guide de haute montagne, monitrice d’escalade, et Caporal Chef instructeur à l’Ecole Militaire de Haute Montagne à Chamonix. Notre mission est de former des stagiaires Chasseurs Alpins aux techniques de ski de randonnée et d’alpinisme estival.

Peux tu nous parler de ton parcours ?

J’ai grandi à la Roche sur Foron, en Haute-Savoie. J’ai toujours été passionnée de ski et d’escalade dès l’âge de 14 ans. J’ai ensuite découvert l’alpinisme sur la Pointe Isabella dans le massif du Mont Blanc à 16 ans avec mon père, et enchaîné avec le sommet du Mont-Blanc et les Dômes de Miage avec des amis. Ensuite, j’ai décidé de passer une licence d’anglais et allemand. J’ai étudié un an en Allemagne et un an aux Etats-Unis. Mais j’avais vraiment envie de faire plus de ski, alors je suis venue m’installer à Chamonix et vivre de petits boulots en 2007. Dans le même temps, je suis devenue monitrice d’escalade et membre de l’Equipe Nationale Filles d’Alpinisme FFME. Cette équipe avait particulièrement intrigué le Groupe Militaire de Haute Montagne (GMHM), que j’ai intégré en 2008 en tant que Chasseur Alpin. Après 3 ans au GMHM, j’ai changé pour devenir instructeur.

Quel est ton quotidien ?

Je forme des stagiaires du lundi au vendredi. Les week ends, je travaille parfois en tant que guide indépendante. Pendant les intersaisons, je m’organise des voyages, des expéditions avec mes ami(e)s. J’aime aussi pratiquer d’autres activités, comme le yoga, la chorale ou la voile.

ascension mukut parbatSur GravityLadies, on te connait au travers de l’expédition Panik à Baffin, mais tu as fais pas mal d’expéditions dans différents pays… Qu’elles sont celles qui t’ont le plus marqué et pourquoi ?

J’ai apprécié l’expérience de haute altitude, à 7150m, avec le GMHM en Inde. J’ai appris à mieux connaître mon corps physiquement, j’ai vu de quoi j’étais capable. Mais mes expéditions les plus fortes humainement étaient « Panik à Baffin » et « El Cap à Bout de Bras ». Avec les Paniks, nous avons eu des conditions très dures. Pourtant, on s’est toutes bien serré les coudes, sans avoir besoin de se le dire, et ça a marché. De plus, c’est exceptionnel de se balader dans des coins aussi peu fréquentés que le cercle Arctique.

« El Cap à Bout de Bras », c’est l’ascension d’une paroi de 600m toute en dévers pendant 4 jours avec une grimpeuse paraplégique en Californie, Vanessa François : www.vanessafrancois.com . Malgré le projet ambitieux et les embûches, chacun a trouvé sa place dans l’équipe et savait ce qu’il avait à faire. Ca devait se faire, c’est tout !

 

Tu es aussi la première et seule femme instructeur à l’EMHM, est ce que cela a été difficile de faire ta place ? 

Oui. Certaines personnes appréhendaient de me voir instructeur. Je suis guide de haute montagne et caporal chef. C’est-à-dire que mes responsabilités en montagne sont beaucoup plus élevées que mon grade militaire. Cela peut choquer dans l’armée, bien que ce n’était pas la 1ère fois de voir un caporal chef guide de montagne… Je pense surtout que le fait d’être une femme en dérangeaient certains, ils ne me pensaient pas capable d’être instructeur.

Quelles sont les facettes de ton métier (et de l’alpinisme) que tu préfères ?

La variété. J’aime autant le ski que la grimpe, l’alpinisme, la cascade de glace ou les expéditions. C’est juste super de pouvoir varier en fonction des saisons et de la météo.

Tu vas être responsable durant 2 ans d’un groupe d’alpinisme entièrement féminin, raconte nous …

Au départ, il y a eu une sélection organisée pour le Groupe Féminin d’Alpinisme CAF au niveau national. 50 candidatures pour 8 places…. Le responsable du CAF Haute-Savoie, Guillaume Guibouin, a décidé de créer le Groupe d’Alpinisme Féminin 74, ou GAF 74. Pendant 2 ans, nous avons 5 week ends de formation par an, et à terme, les filles montent une expédition. C’est vraiment la partie de mon métier de guide que je préfère!

verdonSelon toi, y’a t’il de plus en plus de femmes dans l’alpinisme ? Sont elles de plus en plus impliquées dans cette discipline ?

Dans mon entourage, je ne vois pas plus de pratiquantes. Par contre, je vois plus de femmes qui ont envie de grimper en tête, gérer la course en autonomie et se présenter à l’examen d’entrée du diplôme de guide de haute montagne.

Pourquoi n’y a t’il pas plus de pratiquantes à ton avis ?

Le milieu humain, qui est toujours très masculin, peut être rebutant, avec ce besoin de performance….Et puis, il y a aussi les dangers de la montagne, qui effraient les femmes qui manquent de connaissances du milieu.

Quels sont tes projets personnels à plus ou moins long terme ?

J’aimerais créer plus de week ends de formation pour des femmes afin de leur rendre la montagne plus accessible, comme avec le GAF 74.  Je rentre aussi en formation pour devenir monitrice de ski en avril.
Et puis un jour, pourquoi pas intégrer les équipes de CRS de montagne afin de faire du secours en montagne. Ce serait un juste retour des choses après avoir compté sur les secouristes depuis que je pratique l’alpinisme.

Sponsors de Marion : Millet, Petzl, Scott, Altitude Eyewear, Tingerlaat