Interview : Cécile Hernandez

Médaillée de bronze cette nuit en snowboardcross aux Jeux Paralympiques de Pyeongchang, Cécile Hernandez vise l’or en banked slalom dans quelques jours.

Snowboardeuse passionnée, Cécile est une fille pétillante et joyeuse qui ne se laisse pas abattre par les coups durs de la vie. Depuis ce matin noir d’octobre 2002 où sa vie à basculé, Cécile travaille dur pour vivre à nouveau ses rêves. Atteinte de sclérose en plaques, cette maladie auto immune qui affecte le système nerveux central et entraîne des lésions provoquant des perturbations motrices, sensitives et cognitives, Cécile délivre un magnifique message d’espoir.

Vainqueur de 3 globes de cristal, championne du monde, médaillée d’argent à Sochi et de bronze à Pyeongchang, Cécile a un solide palmarès …

Rencontre avec une nana bien dans ses baskets, qui aime le snowboard, le vélo, le skate, et …la vie, plus que tout !

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Salut Cécile, raconte nous comment cette passion du BMX puis celle du snowboard, sont entrées dans ta vie…

Je suis née à Perpignan, dans une famille de sportifs. Mes frères faisaient du BMX, alors forcément, j’ai eu envie de m’y mettre aussi. J’ai couru quelques années au niveau international en BMX, et puis beaucoup de pilotes sont passés au VTT, et moi je ne me retrouvais plus vraiment là dedans. En parallèle, j’ai découvert le snowboard, qui est devenu une véritable passion. J’y retrouvais des sensations bien connues, vitesse, trajectoires, sauts, adrénaline…

Je suis entrée en club, fait quelques contests. Puis j’ai rencontré un rideur pro, Franck Screm (un des plus talentueux de sa génération, ndlr), avec qui j’ai ridé un peu partout autour du monde. C’était magique ! J’ai ensuite allié mes passions à mes projets professionnels, et créé en 2002 le FAST, un festival de sports alternatifs à Perpignan.

Tout a basculé du jour au lendemain…

Tout allait bien dans ma vie. J’étais peut être un peu fatiguée, mais j’ai mis ça sur le compte du travail : je bossais beaucoup à cette époque là pour mon event. Et puis, sans signes avants coureurs, un matin d’octobre 2002, je me suis réveillée paralysée des jambes. J’ai eu vraiment peur, car je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Au bout de 4 jours terribles d’examens, le diagnostic est tombé : sclérose en plaques. Tout a basculé. Désormais, il allait falloir me battre pour retrouver de la mobilité, tenter de remarcher un jour. J’ai passé trois ans en fauteuil roulant.

Pour moi qui était ultra sportive et active, ne plus être autonome a été très dur à vivre.

J’ai fait une poussée (phase où la maladie progresse) encore plus critique en 2005. Ma vie tournait uniquement autour de la rééducation, de la maladie… un enfer. J’ai fait une dépression, puis petit à petit, j’ai repris du poil de la bête. J’ai écrit un journal intime, qui est devenu un livre, et cela a été un exutoire, une certaine libération. J’ai recommencé à travailler, comme journaliste, à Europe 1, au Figaro. C’est dans ce cadre là que je suis devenue marraine d’un raid handi-valide en vélo en mai 2012. L’occasion rêvée de reprendre le sport ! Ça a été une révélation, et je me suis dit : « mais pourquoi je ne m’y suis pas remise plus tôt ! »

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Comment as tu repris le snowboard ?

En décembre 2013, j’ai été invitée aux Micros d’Or (rassemblement des journalistes de la presse sportive) dans la station de Valmorel. Je suis alors allée louer une planche pour tenter de retrouver ces sensations qui me manquaient tant depuis plus de 10 ans.

J’ai fait quelques descentes, et je me suis sentie revivre, c’était un vrai moment d’émotion. 

Et puis, en discutant sur le télésiège avec un membre de l’équipe de France de snowboard handisport (qui participait également à l’évènement), il m’a proposé de rider avec eux, de m’entraîner. Et quelques semaines plus tard, je me suis retrouvée au départ d’une épreuve de Coupe du Monde ! Je ne me suis mise aucune pression, aucun objectif. Et voilà que je termine 4ème ! J’avais dix pistes dans les jambes, je n’avais jamais imaginé me retrouver là, c’était vraiment dingue ! 

Et deux mois après, te voici à Sochi !

Oui, le staff de l’Equipe de France a cru en mon potentiel… J’ai décroché in extremis mon ticket pour les Jeux Paralympiques de Sochi et j’en suis repartie avec une médaille d’argent derrière l’ultra favorite Bibian Mentel !

C’était fou et finalement, cela prouve que tout peut arriver : cette maladie est la pire chose qui me soit arrivée, mais cela a aussi été une incroyable opportunité, qui m’a permit de vivre des choses fantastiques.

Désormais, je n’échangerai plus ma vie actuelle contre celle que j’avais étant valide ! Je vis beaucoup plus dans l’instant désormais, je suis plus joyeuse, j’ai un mental à toute épreuve et j’ai réalisé quelques rêves dont celui du haut niveau !

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L’année suivante, tu as remporté toutes les Coupes du Monde de Snowboardcross et de Banked Slalom, et tu es devenue Championne du Monde. Comment te prépares tu pour tes saisons, et les grosses échéances ?


Du fait de ma maladie, il faut sans cesse doser, ajuster les séances, et bien sûr assurer un suivi médical complet en parallèle. J’ai des temps d’entraînement plus courts. Mon corps se fatigue vite, et surtout, il se déprogramme. C’est à dire que l’empreinte sportive qui s’inscrit dans notre cerveau (quand on est valide, ce qui permet de progresser) ne se fait presque plus avec la sclérose en plaques. Il faut donc répéter sans cesse.

Je dois aussi aller petit à petit car je suis plus sujette aux blessures. Les muscles de mes jambes sont très faibles, presque atrophiés, donc on travaille pour m’éviter de perdre de la masse musculaire, mais on parvient finalement assez peu à les renforcer. C’est une préparation ultra personnalisée qu’il faut réaliser en étroite collaboration avec le coach, le kiné, le médecin.

Comment est l’ambiance aux Jeux Paralympiques et sur le circuit international ?

La rivalité est très présente parmi les filles. Comme mon handicap est invisible, on pourrait croire que c’est un avantage, c’est en tout cas parfois ce que laissent filtrer certaines mauvaises langues. Or, les muscles de mes jambes sont très faibles, presque atrophiés. J’ai du mal à plier les genoux, à avoir de la puissance dans mes appuis, je suis très rapidement fatiguée.

A l’inverse, les filles qui ont une prothèse parviennent à rendre leurs jambes presque aussi puissantes qu’auparavant grâce à la musculation du reste du corps et de la technologie des prothèses.

Donc comme partout, il y a des coups bas. Mais ce n’est pas ce qui compte. Moi je suis heureuse de pouvoir vivre ce rêve de haut niveau. Je vis au jour le jour et prends chaque moment comme un cadeau. La santé est un privilège, il faut vraiment être conscient de sa chance et savoir saisir les belles choses qui se présentent à nous.

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Après les Jeux de Pyeongchang , comment envisages tu ta carrière ?


J’ai encore l’objectif des Mondiaux de 2019. Ensuite, j’aimerais me consacrer à ma fille, à mes proches, mais aussi à la transmission de mon expérience, au travers d’un nouveau livre, de conférences sur le sport et la sclérose en plaques. Je veux être porteuse d’espoir pour tous ceux qui sont touchés par le handicap. Leur dire que tout n’est pas fini, que certains rêves restent accessibles.


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Cécile a écrit deux livres : « La Guerre des nerfs, Sclérose en Plaques, 33 ans » et « Qu’est ce qu’elle fait, maman ? »

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